Saveurs des Côtes de Meuse

Lettre de Jean-Christophe T nous présentant son initiative dans la Meuse dans le carde du Concours Permatheque d’Août 2015. Un grand merci à lui pour sa participation :

Bonjour,

Pour décrire ce simple projet en permaculture, je suis un peu obligé de me présenter. Voilà, ça fait dix ans que je travaille dans l’humanitaire sur des contextes d’urgence délicats. Ayant un autre background de 10 ans en distribution et marketing agro-alimentaire, cela fait deux missions que je me spécialise en Sécurité Alimentaire et Développement des Moyens d’Existence, dans le pôle d’une ONG internationale que vous connaissez sûrement.

Entre mes missions (de plus en plus courtes), j’habite dans un village des Côtes de Meuse dont j’aime le terroir discret, au sein du parc régional de Lorraine, et renommé pour ses vergers de mirabelles, et pour des saveurs qui tendent à disparaitre.

Depuis six ans, j’investis une partie de mes salaires dans de petites parcelles de vergers, à proximité, dont les arboriculteurs professionnels ne veulent plus vraiment, car peu adaptés à leurs machines. Financièrement, c’est un peu le délire, car le minimum des frais de notaires est de 980 Eu.

Je restructure les vieux mirabelliers pieds francs, qui donnent des mirabelles beaucoup plus goûteuses que les pieds greffés, plus productifs et calibrés. Lorsque les arbres sont vraiment trop vieux, je les arrache et je replante des variétés anciennes de pruniers, pommiers, poiriers, cerisiers. Je diversifie aussi au maximum avec des tests sur 8 variétés d’abricots, pêches et figues. Les petits fruits ont aussi leur place, pour les dupliquer par marcottage et créer plus tard des haies.

Je ne fauche pas mes vergers et m’occupe uniquement du pied des arbres pour éviter la concurrence de l’herbe et des mulots. Évidemment aucun pesticide, aucun traitement. Je taille en hivers (si je suis là…) et dirige les drageons que je déplacerai bientôt. J’attaque les greffes l’année prochaine, suite à plusieurs formations au verger expérimental des Côtes de Meuse (AREFE).

Actuellement j’en suis à 2 hectares avec 150 arbres productifs ou jeunes et une centaine d’emplacements futurs, dégagés aussi sur des taillis. L’idée est de transformer au maximum les fruits grâce à une gamme de confitures, bocaux, liqueurs et digestifs 100% bio. J’ai déposé une marque avec un logo sympa et commandé une demi palette de très jolis pots, verrines et bouteilles à bouchons mécanique. Pour l’instant, je ne suis pas déclaré en entreprise individuelle car je veux continuer de tester les recettes et l’attrait des produits, soit en cadeaux à mes amis, soit en échanges.

Le but n’est pas directement économique mais il rejoint l’idée de sobriété heureuse de Pierre Rabhi, se faire plaisir, observer, militer pour une agriculture saine et aussi avoir le sens du concret, car on ne triche par avec la nature.

Malgré tout, j’aimerai prouver à terme, que l’on puisse subsister en France ou ailleurs, d’une exploitation de très petite taille, sans emprunts, avec très peu de matériel (j’ai quand même acheté un vieux ? qui me sert pas mal). Cela rejoint le thème de la souveraineté alimentaire qui me passionne.

Pour moi, cette expérience rejoint celles de mes missions en Sécurité Alimentaire en Afrique, car je ne me sens pas le droit de proposer des programmes, sans avoir vécu concrètement des difficultés de mise en œuvre, particulièrement pour des communautés dans un réel besoin. Dans les deux cas, l’approche doit être très prudente, réaliste de tous les paramètres d’une filière dont l’offre doit atteindre la demande, de manière harmonieuse.

Vaste sujet dont on pourrait débattre des heures, mais à mon niveau j’aime bien l’image du colibri qui essaye d’éteindre le feu de forêt. L’éléphant se moque de lui, mais si tout le monde s’y mettait, on y arriverait peut être?

Jean-Christophe T.

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